Partager l'article ! Mutants [Criti-X #10]: Mutants, de David Morley, 2009 De l'Amour, De la Sueur, Du Sang 13/20 ...
Mutants, de David Morley, 2009
De l'Amour, De la Sueur, Du Sang
13/20
Sur le papier, Mutants
est un film qui en a.
Pour s'appliquer à réaliser un film de
zombies en France en 2009, il faut forcément en avoir. Et c'est David Morley qui s'y colle, après le sympathique "Morsure" un court-métrage faisant office de bande démo sur le sujet.
Depuis l'inoubliable et hilarant Lac Des Morts-Vivants de Jean Rollin en 1981, les réalisateurs français ayant eu le culot de tenter l'expérience se comptent sur les doigts d'une seule main.
Les distributeurs, par tradition frileux à un genre provocateur souvent qualifié de "sous-cinéma", ne laissent que trop rarement aux auteurs l'occasion de se tourner vers de nouveaux
horizons.
Il était donc salutaire, pour tous les défenseurs du gore
qui tâche et de l'horreur sans concession, de vérifier si Mutants, pourtant oeuvre de commande pour la case ciné de genre de Canal +, tenait
toutes ses promesses après le petit buzz engendré dans la presse spécialisée ainsi que sur le net.
Alors qu'un virus a décimé la population, un couple, Marco et Sonia, sont en fuite
à la recherche de la base NOE, seul espoir possible vers un havre de paix. Jusqu'au jour où Marco est à son tour contaminé...
Première surprise, le film de Morley démarre sur les
chapeaux de roue. Au coeur d'un paysage montagnard dévasté, l'humanité lutte à chaque instant pour sa survie. L'image est froide, l'ambiance est opressante, la tension est constante, et le gore
est bel et bien présent!
Une introduction qui donne
immédiatement le ton: Mutants prétend s'inscrire dans la nouvelle vague horrifique française initiée par Haute Tension (2003), et perpétuée par des bandes aussi folles qu'A L'Intérieur ou Frontière(s), pour ne citer qu'elles.
Effectivement, faire un film de zombies en France, c'est chaud bouillant...
La quasi-totalité du film se passe en hiver, dans un espace clos, en
l'occurence un hopital désaffecté. On pense à The Thing, bien sur, mais à la différence du film de Carpenter qui utilisait la base polaire pour souligner l'isolement de ses personnages, pour
Mutants ce choix semble avant tout été motivé par un cruel manque de moyens.
Mais cette défaillance n'a au final que peu d'importance, puisqu'elle rajoute au
contraire au caractère claustrophobe du film. Montrer une énième apocalypse zombie n'est en aucun cas le propos de Mutants, celle-ci permet
d'assurer une toile de fond au couple voué à la destruction que forment Marco et Sonia.
Car c'est bien là le thème central du film: ces deux
personnages qui veulent s'aimer malgré une issue inévitable réussissent à vraiment nous atteindre, et engendreront indéniablement les scènes les plus puissantes du film. C'est tout d'abord
l'effort de deux comédiens: Hélène de Fougerolles, excellente et pourtant en contre-emploi total, et Francis Renaud, qui nous garantit une transformation aussi forte sur le plan émotionnel que
celle de... de... de Jeff Goldblum dans La Mouche, tiens!
Oui, David Morley est influencé. Fortement. Par Cronenberg,
c'est sur, mais aussi indéniablement par 28 Jours Plus Tard, avec une mise en scène parfois aussi nerveuse que les zombies qu'elle sert. Ce qui
est parfois une bonne idée (notamment en début de film) s'avère parfois une faiblesse, un artifice servant à masquer le manque évident de moyens (la scène de la bibliothèque en étant le parfait
exemple).
Pourtant, ces influences ne sauraient cacher le réel talent
de Morley, aux commandes d'une oeuvre réellement atypique, qui parvient à s'exprimer totalement pendant la demi-heure où Marco et Sonia se font face en un parfait mélange d'amour et de pulsion
bestiale. Celui-ci atteint son paroxysme dans des gros plans bouleversants, où le déchirement du personnage de Francis Renaud est plus que palpable.
Néanmoins, en moitié de film, Mutants prend un tournant discutable, puisque la belle équation composée par ses deux acteurs principaux est brisée par l'arrivée de personnages secondaires,
ayant vite l'ascendent psychologique sur les protagonistes, comme c'est souvent le cas dans le genre zombiesque. Ce qui aurait pu s'avérer être un rebondissement jouissif s'avère finalement être
un mauvais choix tactique: la première moitié du film déborde tellement de justesse que celle-ci pêche immédiatement par ses mauvais acteurs (Dida Diafat a beau être un bon boxeur, dans un film
c'est pas encore ça...), et ses artifices malvenus. Car si la suite implique d'insuffler davantage d'action au script, force est de constater que le budget est loin de suivre, que l'inadéquation
de certains décors est parfois apparente, et que le manque de figurants se fait cruellement sentir.
"PSG, enculay !!!"
Pendant que Morley se démène à donner de la substance à ses nouveaux
personnages, on ne peut s'empecher de regretter que ce lien unissant Marco et Sonia par delà la mort n'aie pas été plus exploité à l'écran. On se dit même, après coup, que cette histoire d'amour
aurait pu se suffire à elle-même, sans avoir à comporter de la chair à zombie inutile au métrage. Mais enlever les scènes de cannibalisme d'un film de zombies de commande, c'est un peu comme
retirer les explosions d'un film d'action pur jus. Ce qui se dit à côté peut être interessant, mais sans le minimum vital, personne ne veut en entendre parler...
Tout au long du film, et même pendant ces séquences où,
comme on dit, le bât blesse, David Morley s'éclate. Tout en restant dans un contexte scénaristique où l'humour n'a pas sa place, le metteur en scène se plait à en rajouter dans le domaine du
gore, histoire de faire plaisir à son public. Morley est conscient de ses faiblesses, assume pleinement les problèmes techniques du film, et laisse transparaître sa sincérité dans une mise en
scène humble et hautement référentielle.
Malgré cette
histoire d'amour centrale, nous sommes ici dans le domaine du divertissement pur, à mille lieux du symbolisme de Fabrice Du Welz ou du pessimisme de Pascal Laugier. Le cinéma de genre francophone
renaissant se targue ainsi de proposer différentes approches (et c'est tout à son honneur), David Morley se chargeant donc de son côté de mettre l'accent sur une love story en pleine fin du monde
à la fois cheap et assumée. Et de ce côté-là, l'exercice est plus que réussi, malgré le flop dont fut victime le film à sa sortie.
C'est tout le problème de ce genre de bandes. Sorti
finalement en catimini scandanleux, Mutants n'a eu pour seul écho que le public habituel et assidu du fantastique. Retirons à ce total une bonne
partie de spectateurs persuadés que l'horreur en France n'a tout bonnement aucun avenir (à en croire certains médias, seule la pitoyable série des Saw peut ravir les adeptes du rouge excessif),
et nous nous retrouvons avec la recette parfaite de comment torpiller une sortie salles en France. Well done!
"Always look on the bright side of life..."
Mutants, bien qu'étant
un film quelque peu inégal, peut se targuer d'officier dans un genre que peu de personnes peuvent se vanter d'oser produire en France. Mais c'est loin d'être son seul mérite, puisqu'il agit comme
une petite claque pour tous les amateurs de tripaille et de sensations fortes au cinéma, notamment grâce à son final, qui renoue habilement avec l'émotion procurée par les scènes de mutation de
Francis Renaud.
Totalement décomplexé, doté d'une thématique
ambitieuse et d'un fort capital sympathie, le film est une goutte d'espoir supplémentaire pour tous ceux qui espèrent voir une porte s'ouvrir dans les sacro-saintes sphères du cinéma français,
vers un espace dédié où de jeunes réalisateurs avides de partager leurs émotions autrement pourraient s'exprimer plus librement.
Certes il s'agit d'un premier film, avec tous les défauts qui vont avec, notamment
sa tendance à citer à tour de bras (28 Jours Plus Tard et sa suite, La Mouche, The Thing, Alien...), ce qui fera d'ailleurs dire aux détracteurs du film que les Français ne savent pas
faire aussi bien que les Américains dans le domaine.
Mais
que l'on ne s'y trompe pas, c'est d'abord en s'appuyant sur ses ainés pour parvenir à proposer quelque chose d'inédit que l'on parvient à faire son nid. Les auteurs existent en France, et ont des
choses à proposer. Tout repose donc sur les épaules des distributeurs français: il ne tient qu'à eux d'accepter qu'il puisse y avoir un public pour notre genre de conneries
prépubères...
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